Blanc sur blanc

Il ouvrit les yeux. Où était-il ? Il n'en avait aucune idée. Autour de lui, tout était blanc. Il était dans un lit à baldaquins blanc. Avec des draps blancs et une couverture blanche. Sur le lit, était posé un ordinateur portable blanc. Sur la table de nuit en bois blanc, près du téléphone blanc, se trouvait un verre de lait et une bouteille. Il était lui-même vêtu d'une sorte de combinaison blanche.
L'atmosphère était feutrée, cotonneuse. Il avait beau tendre l'oreille, aucun bruit ne lui parvenait. La porte était fermée, la fenêtre ne laissait filtrer aucune lumière. Etait-ce le jour ou la nuit ? Quelle était la date du jour ? Aucun indice ne lui permettait de répondre à ces questions.
Il ne savait pas comment il était arrivé là, ni ce qu'il y faisait. Il s'observa. Il semblait être en bon état. Pas de blessure apparente. Il n'avait mal nulle part, ne semblait pas avoir de fièvre, ne se trouvait pas malade.
Il jeta un coup d'œil à la chambre. Elle était vaste et juste éclairée par une veilleuse allumée au dessus de la porte. Près de lui, à sa droite, le long du mur et sous la fenêtre, se trouvait un autre lit. Vide. Pas de draps du dessus, ni de couverture. Juste une alaise, ou un drap blanc. Pas de table de nuit. Vers le milieu de la chambre, se trouvait un troisième lit. Vide également, mais avec draps et couvertures blancs. La chambre était grande. Son lit et le lit central étaient des lits pour deux personnes. Le lit sous la fenêtre était un petit lit avec une barrière antichûte.
Rien à lire, rien à regarder, il était pourtant parfaitement éveillé, même s'il avait l'impression de flotter, de vivre dans du coton. Le portable sur le lit était allumé et un traitement de texte était ouvert. N'ayant rien d'autre à faire, il commença à écrire ses impressions, pur tuer le temps.
- Je me suis éveillé dans cette pièce, je ne sais comment j'y suis arrivé. Je ne sais même plus qui je suis. Mon nom, mon prénom ne me reviennent pas.
Il tourna la tête vers la droite et regarda le téléphone posé sur la table de nuit. Il ne sonnait pas, ne vibrait pas, ne s'éclairait pas. Pourtant, il décrocha, sans savoir pourquoi.
-Tu ne dors pas ? entendit-il dans le combiné.
-Non, comment le sais-tu ? demanda-t-il ?
-Je viens de lire ce que tu étais en train d'écrire. Je ne dormais pas non plus.
-Je suis content de t'entendre, ne put-il s'empêcher de dire.
-Moi aussi.
C'était elle… Il ne savait pas qui il était, lui, mais il savait parfaitement qui elle était, elle. Il avait immédiatement identifié sa voix. Aucun doute n'était possible. C'était bien elle, Ca ne pouvait être qu'elle. Ils avaient été amants, il y a peu de temps, et elle l'avait quitté, à son grand désespoir. Une histoire hachée. Plusieurs fois interrompue, plusieurs fois reprise. Leur dernière rupture datait de deux mois environ. Depuis, elle ne donnait que peu de nouvelles. Juste le minimum.
-Veux-tu que je vienne te voir ? demanda-t-elle ?
-Evidemment que je le veux, répondit-il sans hésitation.
Il eut à peine le temps de reposer le combiné sur son support qu'elle était dans la pièce. Comment était-elle entrée ? Il ne se souvenait pas avoir vu la porte s'ouvrir, ni avoir aperçu un couloir et voir quelqu'un entrer. Mais il lui fallait se rendre à l'évidence : elle était là. Près du lit central. Il se leva de son lit. Il marchait parfaitement. Ils s'embrassèrent comme des amis, mais il la serra bien fort contre lui, cherchant à retrouver les sensations de son corps qu'il n'avait pas oublié.
Ils parlèrent ainsi longuement, se rappelant le temps où ils étaient amants. Elle semblait le regretter aussi, ce temps-là.
Elle lui rappela les différents endroits où ils s'étaient embrassés. Les différents hôtels où ils avaient si peu dormi.
Il ne comprenait rien. Comment pouvait-elle être là, près de lui, sans savoir où ils étaient ? Comment pouvait-elle lui parler d'un temps qu'ils regrettaient tous les deux, alors que c' était elle qui avait pris la décision de la rupture ? L'impression de flou et de coton se faisait plus intense encore. La tête lui tournait. Il s'allongea sur le lit central, ferma les yeux, essayant de dissiper le malaise qui l'envahissait peu à peu. Elle ne disait rien. Au bout de quelques minutes, il ouvrit les yeux. Il eut soudain l'impression qu'elle n'était plus là.
Il se leva et retourna vers le lit à baldaquins dans lequel il était lorsqu'il s'était réveillé. Il regarda l'écran du portable. Les mots qu'il avait inscrits avaient disparu.
Il saisit à nouveau le téléphone. Une voix d'homme se fit entendre.
" -Tu peux venir m'apporter une cigarette ?
Là, il ne savait pas. Qui était à l'appareil ? Aucune idée ?
-Non, je suis dans ma chambre, je n'ai pas envie d'en bouger, je suis bien là.
-Allez, sois sympa, il y a trop longtemps que je n'ai pas fumé.
-Non, je ne bouge pas. Demande à quelqu'un d'autre.
-Viens vite, ça ne te fait pas loin. Juste quelques pas…
-Non. Pas question.
-Alors, va faire un tour quelque part, absente toi quelques instants.
-Pour quoi faire et pour aller où ?
-Peu importe, juste le temps que je vienne dans ta chambre.
-Que veux tu venir y faire ?
-Te piquer une cigarette. "
Et l'homme raccrocha.
Il se leva, fit quelques pas dans la chambre. Il était bien seul. Il fit les cent pas de longues minutes, cherchant dans sa mémoire qui il était et ce qu'il avait fait les jours précédents pouvant justifier sa présence dans ce lieu inconnu. Il s'allongea à nouveau sur le lit au centre de la pièce et sombra dans le sommeil.
Un brut feutré et un gémissement le tirèrent du sommeil.
" J'ai froid ", entendit-il.
Elle était revenue. Elle était là, allongée sur le lit central, repliée sur elle-même en position de foetus. Il se leva, retira draps et couverture du lit central et se dirigea vers elle. Comment était-elle revenue alors qu'il était certain qu'elle n'y était plus lorsqu'il s'était endormi ?
Il enjamba la barrière du lit et se glissa à ses côtés. Il se colla à elle, comme lorsqu'ils étaient amants, ne laissant pas la place de glisser une feuille de papier entre leurs deux corps soudés. Elle tourna la tête vers lui et l'embrassa sur la joue. Il se posa sur un coude, l'embrassa aussi, mais chercha sa bouche. Elle se refusa tout d'abord, puis finit par accepter son baiser. Ils s'embrassèrent ainsi longuement, mêlant leurs langues et leurs salives, leurs envies et leurs désirs.
La porte s'ouvrit. Une femme en blanc entra et se dirigea vers le lit.
" Comment allez vous ce matin ? "
Il tenta de se cacher et de cacher sa douce amie pour que la femme ne la voie pas. Mais c'était inutile. Il était seul dans le grand lit à baldaquins…

JMB, le 16 décembre 2009.


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