La cabine de bain

« Dépêche-toi, ils vont y être avant nous !! »
Je traîne, je n’arrive pas à me préparer rapidement. Depuis près d’un mois, Pascal, le parrain de ma sœur aînée Françoise est là.
On l’aime bien, Pascal, à la maison. Surtout les enfants. Il faut dire que Pascal est un titi parisien, un vrai. Avec l’accent et le vocabulaire. Et quel vocabulaire ! Nous, les enfants, nous le trouvons vraiment génial, Pascal Il dit des gros mots, rigole tout le temps.
Pascal, c’est le meilleur ami de papa. Ils se sont connus, il y a longtemps, très longtemps, très très longtemps….Pour moi, du haut de mes huit ans et demi, c’est une éternité. Jamais je ne pourrai connaître quelqu’un depuis aussi longtemps.
Nos parents leur ont flatté la région. Ont dit que c’était magnifique et qu’ils avaient acheté une maison là-bas. Pas loin de la mer. Nous allons chaque jour à la plage à St Quay. Alors, ni une ni deux, Pascal a décidé de louer une maison pour un mois. A St Quay. Comme ça, ils seront encore plus près de la plage que nous. Et puis eux, sont vraiment en vacances. Ils n’ont pas une maison à retaper. Ils ont juste à se reposer.
Ils sont quatre dans la famille. Pascal, évidemment, le chef de famille, sa femme Marie, et les deux enfants : Michelle, la fille aînée, et Sébastien.
Marie, elle est bizarre. Elle a une coquetterie dans l’œil comme on n’en a jamais vu. Souvent, elle ferme l’œil gauche, et ça lui déforme tout le visage. Elle en devient laide à ces moments là. Mais vraiment laide.. Ca lui plisse la joue, ça lui tort la bouche. Elle ressemble à une vieille poupée dans laquelle on met les doigts et on tire. Ca déforme tout…
Michelle a l’âge de ma sœur ainée. Elles s’entendent bien toutes les deux. Sébastien a l’age de Michelle, mais c’est un garçon. Et elle, c’est une fille. Et visiblement, il ne lui plaît pas. Ils ont onze ans tous les deux et visiblement pas grand-chose en commun, pas grand-chose à se dire. Alors, Sébastien est souvent avec moi.
La petite famille a loué une petite maison dans le vieux St Quay. Minuscule, en bas d’une petite rue à l’entrée de la ville. Pas tout a fait au bord de la mer. A environ 2 kilomètres. Il y a tout le village à traverser.
Comme nous, ils vont à la plage tous les jours. A la plage du Châtelet, celle de droite quand on arrive à St Quay. Pas la plage du Casino, celle-là, c’est pour les bourgeois. On est plus tranquille, on n’a pas le club Mickey qui nous hurle dans les oreilles. Il y a juste un portique avec des drapeaux en haut. Il n’y a pas d’agrées à ce portique, ni balançoire, ni anneaux, ni trapèze. Juste une échelle sur le côté.
Et la famille de Pascal a quelque chose de plus que nous. Quelque chose que nous n’avons pas. Quelque chose « pour les riches », la fierté de Pascal. Avec la location de la maison, il y a une cabine. Une petite cabine en bois. Juchée au deuxième niveau au dessus de la plage, elle est minuscule, mais elle a le mérite d’exister. En bois, peinte en blanc. A peine trois mètres carrés. Juste la place de se changer et de laisser un petit bateau ou deux bouées. Entre deux murs se faisant face, un fil à linge pour étendre serviettes et maillots. Nous, on n’a pas ça. Pour se changer, maman apporte une « cabine ». Une cabine en serviette éponge, avec un élastique en haut. Moi, je n’aime pas ça, je préfère me changer assis sur la plage. Faut dire que je n’ai pas grand-chose à cacher, ou à montrer, mais les filles, elles, préfèrent utiliser la cabine.
« Allez, dépêche-toi, Jean-Marc. Mais qu’est-ce que tu as aujourd’hui ? Tu traines…. »
Oui, je traîne, je n’ai pas envie d’y aller. Et pourtant, j’aime aller à la plage, j’aime me baigner, j’aime l’eau, j’aime retrouver Pascal qui va encore me faire marrer, mais aujourd’hui, ça ne va pas. Je n’ai pas envie. Vraiment pas. Il faut sire qu’il s’est passé quelque chose hier que je n’ai pas aimé.
Pas aimé du tout…
Comme chaque jour ou presque, nous avons retrouvé Pascal et sa famille sur la plage. Comme d’habitude, ils sont arrivés avant nous. Nous sommes juste arrivés au moment où ils allaient entrer dans l’eau.
« Allez, dépêchez-vous ! a crié Pascal. Et puis aujourd’hui, faut faire fissa, On doit partir de bonne heure. Juste le temps de se baquer et on file. Allez, magnez vous !! »
Allez, zou, tout le monde à l’eau. Bon bain, comme d’habitude. Je ne sais pas encore nager. L’an prochain, m’a promis maman. Alors, pour l’instant, je barbotte, j’essaie de faire comme les autres, et je profite de l’eau, puisque j’adore ça.
Le bain est terminé. Habituellement, je me change sur la plage. Mais cette fois-ci, Sébastien m’invite à venir me changer dans la cabine. Je n’y suis presque jamais allé. Ca me fait plaisir. Faire comme les grands, comme les riches. Se changer dans une cabine.
Vite, nous y filons en vitesse. Les marches sont vite avalées.
« Allez, entre vite. »
J’entre dans la cabine.
« Enlève ton maillot, dépêche-toi.
Et j’enlève mon maillot. Vite fait. Un petit slip de gamin de huit ans, c’est vite retiré.
-Fais voir, fais voir..
-Quoi ?
-Ton zizi, fais voir s’il est gros. Après, je te montrerai le mien si tu veux.
Je ne suis pas prude. Je fais voir. Voir le sien ne m’intéresse pas.
Et Sébastien me pousse brutalement dans un coin. Veut me toucher, me caresser. Je crie, lui dis que je ne veux pas. Le repousse. Mais il est plus grand, plus fort que moi. Il me maintient contre la paroi de la cabine. Et me caresse, brutalement, salement. Je ne comprends pas ce qu’il me veut. Pourquoi vouloir ainsi me toucher ? Pourquoi veut-il que je le touche aussi. J’ai mal. Il me fait mal. Je n’aime pas ça.
Je n’ai du mon salut qu’à mon père qui a frappé à la porte.
« Alors, les garçons, vous vous dépêchez ? Des vraies filles, vous en mettez du temps… »
« Tu dis rien, hein, promis, tu dis rien ? »
-Non, je dirai rien, mais tu m’as fait mal. »
Vite fait, je me rhabille. Je sors de la cabine, suivi de Sébastien. La tête me tourne, j’ai mal au ventre, mal au sexe. Ca ne va pas. Mais je fais bonne figure. Je ne dis rien. J’ai promis.
Je ne dirai rien.
Et je n’ai rien dit. Rien dit. Cette page est la première à le savoir.
Le lendemain, Pascal et sa famille sont repartis.
Ils ne sont jamais revenus à Saint Quay.
Nous nous sommes revus plusieurs fois. Mais pas très souvent. J’ai toujours été méfiant vis-à-vis de Sébastien. Je ne lui ai jamais pardonné. Mais je n’ai jamais rien dit.


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